Salut Garcymore et tous les autres qui passent par là.
Oui, oui, je sais, ça fait au moins depuis le Précambrien que je n'ai rien posté. Mais j'ai dû traverser une grosse casse de santé qui m'a laissée à terre, et qui continue de m'impacter méchamment aujourd'hui. Donc je dois être un peu avare de ma présence, arf. Cela dit, je suis passée par le forum l'autre jour et je suis tombée sur ce fil - certes plus tout frais ! - mais qui n'a jamais vraiment eu de réponse. Alors comme il s'avère que
je suis l'heureuse propriétaire d'un sublime Rebel Crème Brûlée depuis quelque années déjà ('tain !!...), il m'a semblé utile de donner mon avis
subjectif et personnel sur le sujet, mais cependant très réfléchi et pondéré par l'expérience et la comparaison.
Je ne sais pas si dans l'intervalle la question est devenue caduque, mais tant pis : ce sera pour la postérité des ukonautes !
Tout d'abord, je possède beaucoup (trop) d'ukulélés, et je choisis chacun d'eux avec soin et en vue d'en tirer un maximum de ce qui fait sa spécificité. Je les accorde de tout un tas de différentes manières, en linéaire et en ré-entrant, plus haut ou plus bas que la norm selon l'instrument, et les munis de cordes différentes. Tout ceci pour maximiser la diversité de ma ukusmala (au grand dam des puristes, mais je m'en ***). Mon Rebel est un concert longneck, sur lequel j'avais flashé depuis un bon moment. Mais je ne voyais pas vraiment l'avantage d'avoir à gérer un manche ténor (= plutôt grand pour mon goût) avec un petit corps concert, aplati de surcroît. J'avoue l'avoir acheté surtout parce qu'il était d'une beauté surréaliste !

Mais je n'ai eu qu'à me féliciter de ce coup de coeur, car à l'heure qu'il est, je n'ai trouvé AUCUN défaut à cet instrument ! C'est une perle. Un amour. Avec un son puissant, clair et joyeux, que j'ai un peu dompté par un accordage ré-entrant à deux tons au-dessous de la norme, avec des cordes aNueNue Blackwater. Il est tellement fabuleux accordé comme ça que je n'ai jamais pu me résoudre à le changer, alors que j'ai par ailleurs un somptueux Kamaka (concert longneck lui aussi) sur lequel je n'ai pas encore réussi à trouver le meilleur alliage... ce qui me rend folle, grrrr. Bref. Un jour il finira bien par se révéler !
Pourquoi j'aime autant ce Rebel, et qu'est-ce que le bois de manguier lui procure comme particularités et comme avantages ?Tout d'abord, rien ne me prédestinait à aimer particulièrement les Rebel parce que je suis plutôt adepte du jeu intimiste, doux, grave et feutré. Or les Rebel sont plutôt connus pour être assez percutants, clairs et vifs. Normal puisqu'ils sont une sous-marque de Ko-Aloha, avec lesquels ils partagent cette caractéristique de sonorité. Mais wahou, il m'éblouit chaque fois que je le touche : il suffit d'effleurer une corde pour que déjà on sente sa puissance vibratoire. Tout est simplement impeccable sur ce uke :
Il a un équilibre parfait : le manche "full tenor size" ne paraît pas du tout démesuré par rapport au corps concert, plutôt petit et extra-plat, car il est fait d'un bois beaucoup plus léger que l'acajou. Le centre d'équilibre se trouve vers la 12ème frette, comme il se doit (ce qui n'est pas toujours le cas, même chez un Ko-Aloha que je regrette amèrement d'avoir acheté). Du coup, il est très agréable à tenir. J'ai été aussi très agréablement surprise de constater que la caisse, quoique peu profonde, soit aussi percussive et résonnante. Le manguier a souvent tendance à "arrondir" le son, et parfois aussi à l'assourdir un peu. MAIS j'ai constaté que c'était un ressenti que j'avais à cause des autres ukulélés en manguier que je possède, dont un Romero et un Pono. Le son de ces instruments est chaleureux, doux et rond. Mais leur facture est beaucoup plus épaisse et charpentée, ce qui étouffe certainement un tantinet la percussivité. Le Pono est hyper épais, le Romero à peine moins, mais avec une bouche beaucoup plus large. Le Rebel, lui, est d'une finesse d'exécution incomparable avec les deux autres. La table est ultra fine. Allié au
bracing Ko-Aloha, ça donne un instrument qui a énormément de pêche, de résonance est de sustain.
Setup et action : rien à redire, tout est impeccable. J'avais dit à la Casa (où je l'ai acheté) de ne rien faire dessus car j'allais de toute façon le mettre en gaucher. Et je n'ai rien eu à faire de plus que ça, ce qui est assez rare pour être signalé.
Jouabilité et confort de jeu : là aussi, rien à redire ! Le manche est très large sur toute sa longueur, ce qui laisse un bel espace entre les cordes, même si celles situées à l'extérieur du manche (surtout la corde de La) ne sont pas au ras du bord, comme c'est le cas des Martin, des Kiwayas et des aNueNue. Donc aucun risque de l'assourdir avec le gras de la main, même si comme moi on ne tient pas son manche avec une belle pince du bout des doigts ! Et puisqu'on parle du manche, j'adore aussi les repères de touches un peu ésotériques, en forme de petites pyramides ! La tête aussi est très belle, longue et fine, et moins aggressive que celle des Ko-Aloha (que je déteste : j'aime pas ce qui est pointu), avec un logo discret en marqueterie de différents bois.
Mécaniques : j'adore les Gotoh UTP tuners façon
friction pegs qui sont dessus ! Non seulement ils sont très élégants, mais aussi tellement faciles à tourner : pas de heurts, et réglage au poil de fourmi près, rendu facile même pour un joueur atteint de Parkinson.
Chevalet : Il est très joli et tout petit, en forme de demi-lune, et les cordes se fixent dessus, à l'ancienne, avec un noeud retordu. Pas d'encordage traversant, qui t'oblige à jeter tes cordes si tu dois les retirer (même si conceptuellement parlant, c'est sans doute plus intéressant niveau solidité et solidarité des pièces de l'instrument, et niveau transmission des vibrations).
Verni : Plus les années passent, et moins j'apprécie les instruments
high gloss. Mais les Rebel high gloss ont une finition très fine et subtile, bien loin de ce qu'on trouve chez Ohana, par exemple (souvent littéralement englués dans un malheureux verni jaunasse, surtout au niveau du manche). La finition Rebel possède une sorte de grain très plaisant, autant à l'oeil qu'au toucher, que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs.
Bois de manguier (parce qu'il faut y venir !!) : il est ici magnifié par le verni, il faut l'avouer. Rebel choisit des bois au veinage remarquable, et le manguier a la particularité de vieillir en produisant des zones d'altération aux couleurs spectaculaires. C'est d'autant plus incroyable qu'ils arrivent à découper des tables d'une telle finesse dans des bois aussi difficiles. En effet, le "spaltage" est une coloration noirâtre due à un champignon/moisissure qui attaque le bois. Tout l'art du luthier est de choisir une pièce qui a juste commencé à montrer une altération de couleur intéressante sans avoir encore eu le temps de se fragiliser. Bien entendu, le bois est ensuite traité pour stopper sa dégradation, hein ! Je ne me lasse pas d'admirer le bois de mon Rebel : il a une douce couleur beige crémeuse, parcourue d'ondulations nacrées du plus bel effet (curled mango) et de fines veines d'altération brun chocolat (spalted mango), avec ces petits grains grisâtres, en forme de virgules, typique du manguier (figured mango). Il ressemble à du nougat, crème et chocolat !

Concernant le bois de manguier comme bois de lutherie, on aime ou on n'aime pas. Personnellement, je lui trouve tellement de qualités que je me félicite qu'un jour quelqu'un ait eu l'idée de donner une seconde vie à ces vieux manguiers en les faisant chanter !

J'aime les bois qui arrondissent le son de l'ukulélé (= manguier et acajou, et dans une moindre mesure le koa). Alors si en plus il est magnifique à voir, que souhaiter de plus ?? J'en profite pour dire à Valéry que si les Hawaiens avaient pensé comme lui, on n'aurait jamais découvert les mérites incomparables du koa, qui est quand même l'essence par excellence de notre instrument chéri, non ?

Bon ben je vais m'arrêter là, mdr. Mérite à ceux qui ont tenu jusqu'ici !
NB : Hum... en y songeant bien, il y a quand même une chose qui me déplaît chez les Rebel : ce sont les étiquettes façon "danger de radiation" ! Mais en y réfléchissant bien, c'est bien un peu rebelle comme design. Idem les gigbags en forme de sacs de sports vintage. Mais je commence à m'y faire, et au final pourquoi pas ??
