Bonjour, une petite participation à ce topic de Terre des hommes.
C’est un poème que j’ai écrit sur mon amour pour la Bretagne.
C’est en Bretagne, en Brocéliande, que j’ai, pour la première fois de ma vie, pris conscience qu’un arbre était "conscient" et qu’il était en train de me regarder. J’avais envie de le serrer dans mes bras avec amour. Je suppose que ça t’est familier, Lune. Cela dit, l’arbre dont je parle dans ce poème était fait d’os et de chair, et je l’aimais aussi. Je l’aime toujours.
Breizh
Bijou égaré d’une parure ancienne
Retrouvé dans mon âme, fille du vent celtique
En remontant les flots du fond de ma géhenne
Tu m’as faite compagne d’un arbre magnifique.
Auréolée de bruines, éclaboussée d’embruns
Gemme pure et sauvage aux arêtes farouches
Niché dans tes collines, m’enivre son parfum
Et chante le feuillage que caressa ma bouche.
Balayée par l’Ankou dont tu nargues la rouille
Renaissant à jamais de germes indociles
En ton ventre si doux aux yeux des imbéciles
Tu dévores en secret la lèpre qui te souille.
Aux anciens temps sacrées, aujourd’hui moribondes
Gémissent tes forêts devant la guillotine
Nous rendras-tu le blé des plages de la honte
Et les moissons dorées pour le noir des usines ?
Ils t’ont mis dans la bouche de l’hostie et du vin.
Sur le frais de ta couche, ils ont cinglé tes reins
De leurs épines en croix ruisselant d’eau bénite
Il faut que tu accouches les premiers mots latins !
Ils sont vieux maintenant et leurs enfants débiles
Récitent en gémissant les prières stériles
Mais les tiens, tes enfants, pieds nus pour retrouver
La chaleur de la Terre dans leurs veines, monter,
Face à Oeil de Lumière, chanteront ta liberté !
Berceau du rendez-vous dévoilé pour ma vie
Rêvant d’un absolu, en ce monde impossible
Embarque-moi sur tous tes chemins invisibles
Tant de fois reconnus au clair de ma folie.
Au sein de ton espoir, un arbre a pris racine
Garde-le : c’est mon phare, mon ami et mon frère
Nourris notre mémoire aux sages origines
Et referme tes bras autour de ma prière.